Les Gémeaux,
une histoire de théâtre

Le théâtre

À quelques encablures de la capitale, le théâtre Les Gémeaux / Scène Nationale, intégralement reconstruit en 1994, offre au public une confortable salle de 500 places avec l’un des plus beaux plateaux d’Ile-de-france, une petite salle de 180 places, ainsi qu’un club de Jazz baptisé Le Sceaux What.
Françoise Letellier, sa directrice, et son équipe, y présentent, au fil de la saison, un florilège de théâtre, de danse, de musique et de Jazz venus de tous les continents. Les Gémeaux produisent ou coproduisent nombre de spectacles pour la plupart inédits en France ou en région parisienne, beaucoup d’entre eux y sont des créations.

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Petit répertoire du théâtre, 20 ans de création au théâtre des Gemeaux

L'équipe

Directrice : Françoise Letellier
Directeur adjoint : Nicolas Massadau

Administratrice : Brigitte Perin
Directrice technique : Nathalie Brun
Directrice accueil / Relations publiques : Sandra Dechaud
Responsable accueil : François Duprez
Relations publiques / Communication web : Florian Ribeiro
Attaché de presse : Rémi Fort et Valentine Arnaud / Myra
Adm / Comptabilité : Nathalie Schwab-Bonin, Emmanuelle Lemoulant
Secrétaire de la Direction : Dominique Le Gal
Secrétaire technique : Agathe Bonnet
Régisseur son : Thibault Hedoin
Régisseur scène : Arthur Plath
Régisseur lumière : Laurent Bresteau
Électricien : Serge Vaïti
Machiniste : Ludovic Morin

Programmation cinéma : Christophe Duthoit
Réalisation web: Karma Solutions
Réalisation graphique: Atelier Michel Bouvet

Entretien avec Francoise Letellier

Directrice des Gémeaux

Comment justifiez-vous vos choix artistiques ?
Nous existons, non pas pour constituer une clientèle, mais pour quedes hommes se réunissent, s’élèvent dans la compréhension du monde et de la société dans laquelle ils vivent, en leur permettant d’aller à la rencontre d’oeuvres d’art – vivantes – porteuses d’interrogations et d’émotions. Je reste attachée – c’est mon credo – à cette conception du théâtre comme lieu de dialogue. Dialogue de l’homme avec l’homme, avec le monde, avec ce qui le dépasse, avec cet inexplicable qu’est la vie même, que le plateau rend manifeste tout aussi inexplicablement quand l’oeuvre est réussie et qui touche profondément les êtres. Au théâtre, les valeurs universelles, celles qui fondamentalement nous relient les uns aux autres, trouvent à s’incarner en suscitant l’émotion ; le théâtre met en mouvement ces valeurs auxquelles nous sommes démocratiquement liés : la liberté, l’égalité, la fraternité. Et d’autres encore qui intéressent particulièrement et singulièrement l’art dramatique, comme la vérité, la justice ou l’amour, qui portent le sens profond de nos existences.Le théâtre – quand il a authentiquement lieu – nous invite à faire de nos vies mêmes des oeuvres d’art.

À quoi attribuez-vous la réussite de votre plateau, réputé pour son exigence ?
La vocation du théâtre, liée à ses origines démocratiques, tient en un mot : rassembler et tirer une société vers le haut. Sur ces fondamentaux, je m’applique à unir tous les publics en m’adressant, par-delà l’intelligence, aux âmes, à ce qui nous anime tant universellement qu’individuellement dans le respect de la différence, respect qui peut aller jusqu’à l’exaltation de la diversité pour jeter des ponts, créer des liens. Au théâtre, des âmes s’adressent à d’autres âmes. Je crois que le public ressent l’authenticité de ma démarche, ma profonde estime comme ma volonté de lui donner à découvrir, sur la base de cette confiance mutuelle, de nouveaux horizons scéniques.

Quand j’ai pris la responsabilité du théâtre en 1985, c’était « le dernier essai » – je cite Pierre Ringenbach, alors maire de Sceaux. Cinq années plus tard, l’essai est transformé, peut-on dire en recourant à la métaphore rugbystique, qui n’est pas faite pour me déplaire. Ayant en quelque sorte montré que ce théâtre avait toutes les raisons d’exister, il fallait, pour permettre à la Scène nationale de tenir ses ambitions, penser à sa reconstruction. Pour la deuxième fois, en 1990, le maire et conseiller général des Hauts-de-Seine, Pierre Ringenbach, va soutenir le projet et permettre, avec l’appui du ministère de la Culture et du département des Hauts-de-Seine, la construction de ce nouveau théâtre, celui que nous connaissons et habitons aujourd’hui. J’adresse maintenant à Philippe Laurent des remerciements particuliers pour sa foi dans la culture et le spectacle vivant, son engagement indéfectible à mes côtés depuis le début de cette magnifique aventure – celle d’une vie –, pour la confiance et le soutien amical qu’il m’a accordés sans jamais douter. Ensemble nous pouvons nous réjouir aujourd’hui, à la fin de cette saison 2013/2014, d’avoir quadruplé le nombre de spectateurs par rapport à la saison 1985/1986 ; nous en comptons 53 700 et avons porté à un peu plus de 4 000 le nombre de nos abonnés. Le profil de notre public, à 20 % parisien et à 80 % originaire des vingt-cinq communes autour de Sceaux, au sud de Paris, témoigne de la belle place que nous avons d’ores et déjà prise, en tant que lieu culturel, dans le Grand Paris. Et nous promet sur cette lancée un bel avenir commun.

L’ouverture à la création dramatique internationale, fondée sur des compagnonnages artistiques hors norme, avec nombre de premières en Île-de-France mises à l’affiche, est un trait caractéristique fort des Gémeaux. Comment avez-vous perpétué ces rendez-vous  inédits ?
Je voyage beaucoup, en France et à l’étranger, pour aller à la rencontre de nouvelles créations, qu’elles soient le fait d’artistes que je connais déjà ou de ceux qui émergent sur la scène nationale ou internationale, avec toujours comme ambition de les faire découvrir, de les partager avec « mon » public. Je me suis toujours appliquée à présenter des visages nouveaux. Il faut qu’un coup de coeur ait lieu. Mon parcours de programmatrice est jalonné de ces découvertes émotionnelles, exceptionnelles. Avec Declan Donnellan, tout a commencé quand j’ai eu la chance de voir à Moscou son Boris Godounov. Exceptionnel. C’était le début d’une collaboration de plus d’une quinzaine d’années. Je l’ai suivi sur toutes ses productions anglaises, russes ou françaises. Je n’ai jamais été déçue. Comme avec Thomas Ostermeier d’ailleurs. En voyant sa Nora à la Schaubühne à Berlin, j’ai été sur-le-champ décidée à établir
avec lui une relation indispensable. Autre moment d’exception, celui de ma rencontre avec Guerre et Paix de Tolstoï mis en scène par Piotr Fomenko à Moscou. Inoubliable. Il est revenu trois fois aux Gémeaux. Il y aurait évidemment, sur vingt ans, beaucoup de coups de coeur à raconter… Sur ce fond émotionnel qui guide mes choix artistiques en soignant « mon » public, j’ai aussi une ligne de conduite, en tant que programmatrice, qui vise à installer le théâtre dans le Grand Paris. Et de ce point de vue, seule une longue série – jusqu’à deux, trois, voire quatre semaines – en exclusivité parisienne me permet de faire rayonner le théâtre notamment sur le plan médiatique.

En quoi la défense de la pluridisciplinarité artistique vous paraît-elle nécessaire ?
Sur ces années passées, nous avons incontestablement fait de l’art dramatique notre point fort. Mais le rayonnement des Gémeaux s’étend également à d’autres formes d’expression artistique, telles la danse contemporaine, avec notamment les Rendez-vous chorégraphiques de Sceaux, ou la musique jazz avec les concerts du Sceaux What. Outre le respect de la mission d’aide à la création qui est la nôtre en tant que Scène nationale, je suis personnellement infiniment attachée à cette diversité dont, année après année, témoigne notre programmation. Il me paraît indispensable d’élargir autant que nous le pouvons les propositions pour toucher tous les publics, toutes les sensibilités, réveiller les imaginations, repousser les frontières, inviter à la remise en cause en bousculant les préjugés, croiser les perspectives. Que serait le spectacle vivant sans cette ouverture sur la diversité de ses formes ? La question se pose de façon d’autant plus cruciale aujourd’hui que les arts vivants s’hybrident les uns les autres. À vrai dire je trouve ces croisements passionnants et source vive de création. Tout peut être possédé sauf l’imagination. Le théâtre n’est-il pas d’abord et avant tout le lieu naturel d’une possible rencontre avec la pensée élargie, avec la poésie ?