Play

Shantala Shivalingappa et Sidi Larbi Cherkaoui


Chorégraphie, mise en scène et interprétation : Shantala Shivalingappa et Sidi Larbi Cherkaoui Conseiller artistique : Arthur Nauzyciel Musique en direct : Patrizia Bovi, Gabriele Miracle, Olga Wojciechowska, Tsubasa Hori / Crédit Photographique : Koen Bross

Grand Théâtre Tarif B
ven. 03 fév. 20h45
sam. 04 fév. 20h45

Pour cette nouvelle création, Sidi Larbi Cherkaoui renoue avec l’une des veines alternatives à ses grands spectacles, créer à partir de la rencontre avec un autre artiste . (…) À nouveau tenté par la rencontre avec les cultures de l’ailleurs, c’est auprès de la danseuse indienne Shantala Shivalingappa, maîtresse d’un art très raffiné, qu’il entreprend un nouveau dialogue dansé. La danse kuchipudi, issue du sud-est de l’Inde, bondissante et légère avec ses volutes caractéristiques fait l’objet de toute l’attention du chorégraphe. (…) Comme d’autres grandes figures incarnant une nouvelle génération d’artistes indiens, Shantala Shivalingappa est porteuse d’un style ancien mais s’intéresse à lui faire emprunter de nouveaux chemins corporels et chorégraphiques. Originaires de Madras mais vivant en France depuis l’enfance, la danseuse est aussi profondément transformée par ses nombreuses collaborations avec des artistes européens, Maurice Béjart, Bartabas, Peter Brook et surtout Pina Bausch. Proche du geste contemporain, l’écriture du kuchipudi avec ses lignes de tension qui s’étirent jusqu’au détachement ont la force abstraite de la tradition. De quoi séduire Sidi Larbi Cherkaoui qui s’empare aussi bien de son étrangeté que de ces derniers points communs avec son propre travail, ce qu’il entreprend sur un mode ludique. Dans Play, il s’agit de « jouer » dans tous les sens du terme même si le chorégraphe retient essentiellement deux concepts interchangeables particulièrement requis pour la danse et le spectacle : jouer la comédie, tenir un rôle. Cette dimension restant incomplète, il s’intéresse aussi à sa pratique au sens plus général, les jeux de société, les échecs, notamment qui constituent le point de départ de la pièce. Par extension, ce questionnement s’étend aux pratiques sociales qui concernent les corps, les jeux de séduction. Toujours dépliant ce fil comme un réseau de sens, le chorégraphe ne s’arrête pas aux dimensions du pouvoir traditionnellement traitées sur ce thème, mais cherche à en décomposer les différents aspects pour les disposer autrement : assumer les différents genres masculin et féminin. Pour cela, il utilise le masque. Les deux silhouettes fines des interprètes sont vêtues d’un même costume traditionnel, mais, le visage ainsi dérobé, les gestes se teintent des différentes tonalités du désir, entre chants et musiques indiennes. Play est tissée de motifs rythmiques et de codes gestuels transformés qui s’écartent de la narration traditionnelle. La performance s’accomplit entre deux virtuoses du geste.
Irène Filiberti