THÉÂTRE


MON TRAÎTRE

Emmanuel Meirieu / Sorj Chalandon

  • Grand Théâtre
  • Tarif A

D’après Mon Traître et Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

Mise en scène, adaptation : Emmanuel Meirieu
Musique : Raphaël Chambouvet

Avec :
Jean-Marc Avocat, Stéphane Balmino, Laurent Caron
En Irlande du Nord, dans les années 70, Sorj Chalandon rencontre Denis Donaldson, leader charismatique de l'IRA et de sa branche politique, le Sinn Féin. Il tombe en amitié. Il épouse sa cause. Il devient un frère. Il entre en guérilla. Le 17 décembre 2005, en conférence de presse, Denis Donaldson avoue sa trahison : depuis 25 ans, il est l'informateur des services secrets britanniques. Le 4 avril 2006, il est assassiné.
De cette amitié, de cette trahison, Sorj fera deux romans : Mon traître (2008) et Retour à Killybegs (2011).

Dans Mon traître c'est Antoine, double littéraire de Chalandon, qui nous en fait le récit.
Dans Retour à Killybegs, c'est Tyrone Meehan, avatar de Donaldson.

Deux livres. Deux monologues. Le récit du trahi et le récit du traître, écrits au « je », où s'emmêlent fiction et vérité historique. Une amitié engagée, un texte politique et sentimental, plein de chaleur et de chagrin.
« Denis Donaldson a été assassiné sans que je puisse lui deman-der si notre amitié était vraie. J'ai donc chargé Antoine de le faire pour moi. Un roman, c'est aller là où on ne peut aller. Lui seul a pu me permettre de passer la frontière. De vivre cette rencontre qui me manquait. » aime dire Sorj Chalandon.
De ces deux livres, Emmanuel Meirieu a fait un spectacle. Pour réunir ces deux personnages à la scène. La parole du trahi puis la parole du traitre. Champ-contrechamps. Témoignage et contre témoignage face public comme on est face caméra.

Et le metteur en scène accompagnera la parole des acteurs de sons, d'images, d'ambiance et de musique à sa façon, pour créer des hallucinations de théâtre : Belfast et la guerre civile, les quartiers insurgés, les attentats à la bombe, l'Irlande et la chaleur des pubs, les chansons rebelles...

Un spectacle lyrique et tenu sur une guerre de l'ombre, cruelle, sale qui viendra rendre un hommage à un pays et à son peuple meurtri.

Un spectacle pour tous les traîtres que nous avons aimé.

 

Le mot de l'auteur Sorj Chalandon sur le spectacle

Un jour, Emmanuel Meirieu m'a dit qu'il souhaitait adapter deux de mes romans au théâtre, réunis en une seule pièce qui s'appellerait « Mon traître ». Il m'a expliqué que les mots silencieux de ces pages pouvaient être chuchotés ou hurlés. Il en avait la conviction. Et je lui ai dit oui. De ce metteur en scène, je connaissais l'adaptation du roman de Russell Banks, « De beaux lendemains » et aussi celle du livre « Bringing out the dead » de Joe Connelly. A chaque fois, des êtres se racontent, comme seuls en scène et à tout jamais. Chez Banks, quatre témoins pleurent les enfants d'un car scolaire accidenté. Chez Connelly, deux ambulanciers de New York sont peu à peu hantés par ceux qu'ils n'ont pu sauver. Meirieu a fait des choix dans ces textes. Il en fait aussi dans les miens. Coupes franches, disparitions de répliques, de personnages, le théâtre est une autre aventure. Et je lui ai dit oui. Oui à la fusion des deux livres, oui aux allers retours, oui aux chapitres manquants et aux regards en plus. Cette fois, après la neige de Banks et la nuit de Connelly, c'est une histoire d'Irlande qu'Emmanuel Meirieu nous raconte. L'histoire d'un traître et d'un trahi. Mais je lui ai demandé une faveur : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien savoir l'avance. N'intervenir à aucun moment de son travail. Faisant cela, je lui offrais « Mon traître » en partage. Je lui proposais de faire sienne cette douleur intime. Je me réfugiais dans le rôle de spectateur, celui que l'obscurité protège.

Et j'ai bien fait.

J'ai assisté à une représentation de la pièce d'Emmanuel Meirieu. C'était en avril dernier, à Lausanne. Et j'ai été saisi. J'ai vu Antoine le trahi et Tyrone le traître, prendre vie sous la pluie. J'ai regardé l'ombre de Jack, fils de Tyrone, écouté sa voix exiger de son père mort qu'il se relève. J'ai entendu des mots d'encre et de papier transformés en orage.

Je ne m'attendais pas à une telle puissance. À une telle force. À cette « terrible beauté ».

Et j'ai pleuré, comme les autres, dans l'obscurité qui me protègerait.

Sorj Chalandon, avril 2013