Marionnettes sur l’eau du Vietnam

Argument et mise en scène Dominique Pitoiset / TnBA


Crédit Photographique : Chantal Larguier

Grand Théâtre Tarif B
mar. 13 mars 20h45
mer. 14 mars 20h45
jeu. 15 mars 20h45
ven. 16 mars 20h45
sam. 17 mars 20h45

Hommage aux marionnettes sur l’eau du Vietnam
Connaissez-vous les marionnettes sur l’eau du Vietnam ? Lorsque Dominique Pitoiset se rendit au Vietnam pour la première fois, il se préparait donc à découvrir avant tout un répertoire de figures traditionnelles, animées par une technique unique au monde. Et le but de son voyage lui paraissait simple. Il s’agissait d’abord de rencontrer les artisans, les artistes et les interprètes locaux, de prendre le temps de s’imprégner de leur style, de leurs procédés, de leurs histoires. Il s’agissait ensuite de leur proposer de confronter leurs savoir-faire aux conceptions d’un artiste européen, en vue de travailler ensemble à la création d’un spectacle. Un tel projet, bien conduit, ne pouvait d’ailleurs que profiter aux deux parties. Du côté vietnamien, il offrait l’occasion de vivifier une tradition vénérable, mais aujourd’hui menacée de sclérose, à l’heure où la mondialisation risque de transformer tant de coutumes ancestrales en exhibitions folkloriques pour touristes. Du côté européen, il permettait d’observer des gestes, de collecter des récits, de s’exposer avec patience à ce qu’Antoine Berman appelait « l’épreuve de l’étranger ». La rencontre eut bien lieu. Mais comme il arrive dans les vraies rencontres, elle fut d’une profondeur et d’une intensité que personne n’avait anticipées. Car ce ne sont pas seulement les marionnettes qui ont frappé l’imagination de Pitoiset, ni même leurs manipulateurs qui l’ont fasciné. C’est tout un ensemble, aigu et confus à la fois, de sensations, d’impressions de voyage, d’images et de réflexions inattendues, qu’a suscité le choc que fut pour lui le Vietnam d’aujourd’hui. Pitoiset a visité, bien sûr, le berceau légendaire des « marionnettes sur l’eau » : la superbe Pagode du Maître, fondée au XIe siècle au pied du mont Thây, au
bord d’un vaste lac perdu dans les rizières. (…) Mais Pitoiset ne s’en est pas tenu là. Il ne s’est pas laissé tout à fait éblouir par la beauté du site où vécut Tu Dao Hanh. Il a aussi éprouvé l’énergie bouillonnante des rues de Hanoï, l’avancée du modèle américain en passe de devenir mondial. Il a vu, entre la capitale et la pagode, les campagnes qui disparaissaient littéralement à vue d’oeil, englouties sous l’irrépressible avancée des gratte-ciel et des autoroutes. (…)
Et peu à peu, entre la disparition du Maître et la destruction (ou l’arraisonnement) des lieux où il repose, Pitoiset a senti vibrer une affinité, difficile à formuler : une silencieuse histoire commune, entrelaçant la merveille, la métamorphose et la menace. Un récit que les marionnettes et ceux qui les font vivre sont seuls à même de raconter. Le Maître des marionnettes est donc devenu un carnet de croquis, un journal de bord, ou le récit d’une enquête onirique, nourri des rencontres qui ont inspiré Pitoiset : un bonze vivant aujourd’hui dans la pagode qu’assiègent toujours plus de touristes, une vieille femme qui seule sait encore chanter le poème retraçant la vie du Maître, tant d’autres encore – manipulateurs, musiciens, artistes et artisans, témoins du Vietnam d’hier et d’aujourd’hui, pris comme nous dans la collision des temps, peuplant cette méditation sur l’art si difficile du voyage.
Daniel Loayza