Le Messie

La Chapelle Rhénane Direction : Benoît Haller

De Haendel


Surtitré en français Crédit photo : Karine Letellier

Grand Théâtre Tarif B
ven. 12 oct. 20h45
sam. 13 oct. 20h45
dim. 14 oct. 17h00

Le Messie • Un chef-d’œuvre façonné par l’histoire

Georg Friedrich Haendel est l’un des compositeurs les plus prolifiques et les plus célèbres dans le genre de l’opéra italien à l’époque baroque. Composé postérieurement aux 42 œuvres scéniques de Haendel, le « Messie » pourrait sembler couler de la même veine, et pourtant, il n’en est rien : dans les années 1730, Haendel commence à composer des oratorios en langue anglaise. Est-ce par souci de rendre ses œuvres compréhensibles à l’ensemble du peuple ? Ou pour faire face aux difficultés financières qu’il rencontre dans la création de ses opéras ? Ou encore pour se soustraire à la concurrence féroce des nouveaux compositeurs d’opéra à la mode, tels Hasse ou Porpora ?

Toujours est-il que la langue seule ne différencie pas le « Messie » de l’intense production scénique de Haendel… Allemand et luthérien d’origine, Haendel a été en contact avec le catholicisme lors de son séjour prolongé à Rome, et baigne depuis longtemps dans l’anglicanisme lorsqu’il compose le « Messie » entre le 22 août et le 14 septembre 1741 sur une compilation de versets bibliques réalisée par son ami et mécène Charles Jennens. C’est probablement de cet œcuménisme que nait l’oratorio : l’œuvre évoque la figure du Messie dans toute sa portée et sa complexité. Ici, pas d’utilisation des ressorts dramatiques, et, même s’il est organisé en trois parties (naissance, passion, résurrection) cet oratorio ne narre pas les épisodes principaux de la vie du Christ, pas plus qu’il ne donne la parole aux personnages à la manière d’une Passion de Bach.

La création du « Messie » le 13 avril 1742 à Dublin rencontra un vif succès. La réception de l’œuvre à Londres, un an plus tard, fut beaucoup moins enthousiaste : on reprocha à Haendel d’avoir exécuté son oratorio dans un théâtre ; le sujet était bien trop sérieux pour être chanté par des artistes dédiés au répertoire dramatique ! Mais l’œuvre était promise à un incroyable destin : elle fut encore montée plusieurs fois du vivant de Haendel, et après la mort de ce dernier, de nombreuses sociétés chorales dans toute l’Europe s’en emparèrent ; l’instrumentation réalisée par le compositeur ne semblait pas totalement aboutie, ce qui laissait la porte ouverte à l’utilisation de moyens orchestraux et chorals en forte croissance tout au long du XIXe siècle. Mozart lui-même transposa le Messie en allemand en l’orchestrant pour l’adapter à ses effectifs habituels. De tels procédés étaient d’ailleurs usuels pour Haendel lui-même : d’un concert à l’autre, il modelait son œuvre, transposant des airs pour mieux les plier à la tessiture des solistes dont il disposait, confiant telle partie à l’alto plutôt qu’à la basse, remplaçant un récitatif par un chœur, etc. Ainsi, à l’inverse d’une œuvre jaillie comme un miracle de l’esprit de son créateur, le « Messie » est le chef-d’œuvre toujours remanié d’un compositeur aussi pragmatique que génial, façonné par une tradition d’interprétation comparable avec nulle autre dans toute l’histoire de la musique.

Benoît Haller