THÉÂTRE


LA DAME AUX CAMÉLIAS

Arthur Nauzyciel / Alexandre Dumas fils

  • Grand Théâtre
  • Tarif A

Première en Île-de-France

Horaire exceptionnel à 20h !

D’après le roman et la pièce de théâtre “La Dame aux camélias” d’Alexandre Dumas Fils

Adaptation :
Valérie Mréjen
Arthur Nauzyciel
Pierre-Alain Giraud

Mise en scène :
Arthur Nauzyciel
Assistant à la mise en scène :
Julien Derivaz

Scénographie :
Riccardo Hernandez
Lumière :
Scott Zielinski
Réalisation, image et montage film :
Pierre-Alain Giraud
Son :
Xavier Jacquot
Costumes :
José Lévy
Chorégraphie :
Damien Jalet

Avec :
Pierre Baux
Océane Caïraty
Pascal Cervo
Guillaume Costanza
Marie-Sophie Ferdane
Mounir Margoum
Joana Preiss
Hedi Zada

Production : Théâtre National de Bretagne.

Coproduction : Les Gémeaux – Scène nationale de Sceaux ; Théâtre National de Strasbourg ; les Théâtres de la Ville de Luxembourg ; Comédie de Reims ; Le Parvis scène nationale Tarbes Pyrénées.

Avec le soutien de l'ENSAD de Montpellier (FIPAM).
Entretien avec Arthur Nauzyciel :
Comment est né le projet de La Dame aux camélias ?
J’ai pensé à La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas Fils, alors que je préparais la mise en scène de Splendid’s de Genet. J’ai eu envie de travailler sur des textes de Genet, Ginsberg ou Fassbinder parce que ce sont des auteurs qui ont posé de manière frontale la question de l’intime, de la sexualité et de son rapport à la société. Ils ont été très subversifs en leur temps, et ils le restent. Ces grands poètes du 20e siècle ont réinventé une écriture et refondé la poésie. Ils ont toujours été à la marge et se sont intéressés aux marginaux. Ils ont donné une parole à ceux à qui la société ne voulait pas en donner. C’est ça qui m’intéresse. J’ai fait le lien entre La Dame aux camélias et Splendid’s sans doute parce que Genet, lui-même ancien prostitué, aborde dans son œuvre la question de la marchandisation du corps, de l’échange que représente l’acte sexuel, tarifé ou non. J’ai travaillé autour des questions de la prostitution des années trente-quarante et je suis remonté à La Dame aux camélias qui est de la fin XIXe. La préface aborde une question qui résonnait fortement chez Genet : comment la société bourgeoise a fabriqué la prostitution à son propre usage ? Et qui renvoyait à la question politique : comment la société fabrique le crime ? Est à l’œuvre l’idée que la bourgeoisie a conçu pour ses propres divertissements cette machine infernale, la marchandisation du corps et en même temps sa moralisation. Par ailleurs, en lisant attentivement, le langage fleuri, romantique, cache en fait la dimension triviale du dialogue : on ne parle que d’argent. Tout est échanges, deals, calculs, et l’argent contamine ou domine tous les rapports, qu’ils soient sociaux ou amoureux.

Une dimension très intime croise donc une dimension évidemment politique ?
Dès la préface de La Dame aux camélias, il est question de l’oppression faite aux femmes, et de l’impossibilité pour elles d’accéder à une certaine forme d’indépendance, la prostitution étant pour certaines un moyen de survie. Et, d’une certaine façon, la bourgeoisie complaisante organise cela. L’histoire même du bordel est particulièrement intéressante. En lien avec les débuts de l’hygiénisme et les thèses, notamment, d’un Parent-Duchâtelet, médecin qui s’est appuyé sur la statistique pour enquêter sur la prostitution à Paris et en dresser un panorama très complet. L’origine et la condition des filles, le fonctionnement des maisons, les hiérarchisations… tout cela est extrêmement organisé et précis. C’est une organisation sociale et politique.

Marquée par les impératifs de salubrité et d’ordre public…
L’hôpital est aussi une pièce maîtresse de cette organisation, car les filles doivent se faire examiner régulièrement, ainsi qu’à la police, car elles doivent se déclarer. C’est un monde dans lequel, jusqu’aux années 70-80, le lien entre le politique, la police et le bordel est très fort. Cela s’ancre vraiment au milieu du 19e dans cette institutionnalisation de la prostitution.

Quelle Dame aux camélias vous inspire ? Celle du roman publié en 1848, ou celle de la pièce, jouée pour la première fois, après démêlés avec la censure, en 1852 ?
La Dame aux camélias est marquée par une tonalité victimaire dont on voudrait s’émanciper, celle de la courtisane au grand cœur, qui se rachète mais qui est condamnée à la fin. On peut la raconter sans pathos, avec âpreté même, pour retrouver cette question des rapports hommes / femmes, des rapports d’oppression et de soumission, dans une lecture peut-être plus subversive. L’amour d’Alexandre Dumas fils pour la courtisane Marie Duplessis inspire La Dame aux camélias. Au théâtre il répare ce que la vie n’a pas permis, il se rachète en offrant une tombe glorieuse à sa maitresse, il la sanctifie après l’avoir abandonnée à sa solitude dans le roman. Je vais donc croiser le roman et la pièce, qui comportent des différences vraiment intéressantes. Dans la pièce, cette prostituée repousse un jeune homme tombé éperdument amoureux d’elle par sacrifice et pour éviter de lui nuire. À la fin, juste avant de mourir, elle révèle à Armand la vérité. Quelque chose est réparé. Le roman est beaucoup plus amer et commence par la vente aux enchères des affaires de Marguerite, donc la dispersion de ses biens. Elle est morte sans avoir revu Armand. (…)

Propos recueillis par Raymond Paulet en juin 2017