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Directeur artistique de la Schaubühne / Berlin

Thomas Ostermeier

Pièces présentées aux Gémeaux

Récipiendaire du Lion d’or de la Biennale de Venise en 2011 pour l’ensemble de son œuvre, Thomas Ostermeier est regardé par ses pairs, dès ses premières mises en scène, comme la figure la plus brillante et marquante de sa génération en Allemagne. D’abord nommé directeur artistique de la Baracke au Deutsches Theater de Berlin, ce militant d’un théâtre politique se tourne délibérément vers la mise en scène d’auteurs contemporains. Toujours porté par cette question à ses yeux « principale », celle d’une dramaturgie qui « sonde la liberté des individus dans la société » et induit nécessairement que « personne ne sorte du théâtre indemne, sans de nouvelles interrogations », il est propulsé en 1999 à la direction de la Schaubühne où il conquiert une réputation internationale, récompensé dès l’année 2000 par le prix « Europe nouvelles réalités théâtrales ». En ces débuts du xxie siècle, invité, notamment, chaque année au Festival d’Avignon dont il sera l’artiste associé en 2004, ses œuvres éclairées, revisitant le répertoire à la lumière des grands mouvements de nos sociétés contemporaines, touchent le grand public français. Et de façon privilégiée le public scéen, le plateau des Gémeaux ayant accueilli sur ces dix dernières années, en exclusivité parisienne, six de ses créations. « Aux projets à venir » avec la Scène nationale, il « songe avec une grande joie ».

 Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Ma plus grande passion tient au travail avec les comédiens. Ainsi que ma plus grande joie. S’immerger, explorer des personnages complexes, voilà ce qui rend le métier de metteur en scène unique à mes yeux. La possibilité de travailler avec un « ensemble fixe », une troupe avec laquelle oeuvrer dans une confiance mutuelle, cela aussi est unique, comme l’est d’ailleurs la possibilité, ouverte grâce à cette connaissance, de se redécouvrir pendant les répétitions. Cet enthousiasme est porté à son comble dans la mesure où ces comédiens sont capables de jouer à un haut niveau en incarnant différentes identités, de multiples manières, en donnant vie aux personnages de telle façon que jeu et réalité se confondent.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
En choisissant une pièce, je me pose d’abord la question de savoir si le conflit, l’univers de la pièce intéressent ce moment qui est le nôtre. Vient ensuite la question de savoir si j’ai le désir d’exprimer et d’explorer avec les comédiens ce que l’oeuvre met, de mon point de vue, en jeu. Il est important de pouvoir opérer le transfert entre l’univers du personnage et la réalité contemporaine, de trouver des liens avec notre vie politique et sociale actuelle. Avec comme point de départ le changement du comportement des hommes et des relations entre eux au fil du temps, au fil des siècles, je plaide en faveur d’un théâtre réaliste qui représente, tout en la transposant, pour mieux la donner à voir, notre vie commune. Par exemple, l’ennui d’une Hedda Gabler à la fin du xixe siècle ne se présente absolument pas de la même manière au début du xxie siècle. J’entreprends de discerner ces différences, d’observer la
réalité qui nous entoure avec toutes ses contradictions pour trouver les moyens de son expression, de sa délivrance, sur le plateau. Je m’emploie à densifier, théâtraliser, transposer les événements afin que cette vision de notre expérience de la réalité puisse être perçue, que notre irritation et notre étonnement face au comportement contradictoire de l’homme moderne puissent être fondamentalement ressentis. Ainsi, Un ennemi du peuple d’Henrik Ibsen manifeste la dictature que l’économie exerce sur la politique. Y a-t-il de la place pour la vérité dans une société où tout est dicté par l’économie ?
Un désir à exprimer…
Le Théâtre des Gémeaux célèbre aujourd’hui ses 20 ans, dont dix ans de communication étroite avec la Schaubühne. Notre collaboration débuta avec Nora en 2004. En mars 2014, nous étions à Sceaux avec La Vipère. Dans cet entre-deux, nous sommes venus avec Eldorado, Hedda Gabler, Hamlet, Othello, Mademoiselle Julie. La reprise exceptionnelle d’Hedda Gabler en novembre 2012 fut un moment particulièrement touchant pour nous ; nous célébrions notre 200e représentation. Cette longue amitié me tient à coeur ainsi qu’à la Schaubühne. Et c’est avec une grande joie que je songe à nos projets à venir.

 

HAMLET

2009 / 2017