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Metteur en scène

Thomas Jolly

Pièces présentées aux Gémeaux

Porté par le désir d’exalter la puissance populaire de l’art dramatique, celui d’un art né dans la cité pour la cité, le comédien et metteur en scène Thomas Jolly fonde en 2006 la compagnie La Piccola Familia. Avec sa troupe, il se fait remarquer au festival Impatience du Théâtre de l’Odéon en recevant en 2009 le prix du public.

L’année suivante, il forme le projet de rassembler ces trois pièces où Shakespeare retrace le destin de cet enfant proclamé roi d’Angleterre au berceau, Henry VI.

L’intégralité de l’œuvre – pas moins de dix-huit heures de spectacle – est programmée pour la 68e édition du Festival d’Avignon. Le Cycle 1, soit la première moitié de cette épopée dramatique, est montré sur le plateau des Gémeaux dès le mois de janvier 2014, promesse ayant été faite de poursuivre l’aventure avec le Cycle 2 la saison suivante. Conscient que cette création hors norme « peut vraiment faire peur à plus d’un », Thomas Jolly salue « l’engagement total, immédiat des Gémeaux, d’une témérité enthousiasmante ».

Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Je veille à ne jamais être auteur à la place de l’auteur Je veux d’abord trouver comment répondre aux exigences de l’oeuvre et donc de l’auteur. Je veux apporter en trois dimensions, sur scène, la réponse la plus sensible, la plus vraie, la plus courageuse qui soit. Ce désir en tant qu’« entremetteur », médiateur, m’oblige à réfléchir à la manière dont la pièce peut rencontrer cette matière vivante qu’est le comédien pour mettre en actes cette intention que je vois à l’oeuvre. Cette exigence rebondit sur le spectateur. La Piccola Familia, avant d’être une compagnie, est une troupe de travail, une espèce de laboratoire où quotidiennement nous nous exerçons en nous inscrivant dans la durée. Nous sommes portés par le désir
de créer en mettant le public au centre du jeu ; notre premier partenaire, c’est lui. Notre exigence fondatrice, c’est lui.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
C’est paradoxal ; le théâtre est l’art de l’illusion et c’est parce qu’il déclare qu’il l’est, parce qu’il déclare qu’il ment, qu’il dit nécessairement vrai. Au théâtre, nous avançons tous masqués, en véritables hypocrites. Mais le masque ne cache rien, il est au contraire – immédiatement désigné comme tel puisque nous sommes au théâtre – l’opportunité d’un dévoilement, d’une manifestation de la vérité. Plutôt que de punition, je parlerais, s’agissant du théâtre, de sa capacité à nous rappeler que nous sommes tous des menteurs. Toutes les oeuvres dramatiques par essence nous invitent à faire tomber les masques, à nous rappeler que nous sommes vivants, membres pour de vrai d’une communauté d’hommes qu’il nous appartient de construire politiquement et d’enchanter poétiquement.
Un désir à exprimer…
J’ai à formuler pour le théâtre un souhait, ancré dans un désir profond que je tente de faire exister : qu’il puisse retrouver au sein de la société la place pour laquelle il a été conçue. Qu’il n’effraye plus, qu’il n’intimide plus, qu’il puisse rassembler la cité entière, que cet art-là soit celui du plus grand nombre, et qu’il ait le même impact et suscite le même engouement qu’au moment de son invention. À vrai dire, je suis plein d’espoir. Plus on inventera de moyens d’exister sans être avec les autres, plus il deviendra évident que le théâtre est ce lieu, cet espace de création d’une communauté éphémère où se réinvente le sens du politique, du « vivre ensemble ». Je ne suis pas seulement optimiste. Je suis déterminé. Et enthousiaste. La spontanéité de l’engagement de Françoise Letellier dans son désir d’accueillir, dans son intégralité, cet Henry VI aux Gémeaux dès qu’elle l’a eu découvert m’a, à cet égard, beaucoup touché.

HENRY VI (CYCLE 2)

2014