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Chorégraphe, Directeur du CCN de Créteil

Mourad Merzouki

Pièces présentées aux Gémeaux

Nommé en 2009 à la direction du Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne, Mourad Merzouki promeut une ligne artistique caractérisée par son ouverture au monde. En témoignent les créations de la Compagnie Käfig qu’il a fondée en 1996 ; la gestuelle hip-hop y rencontre d’autres langages chorégraphiques et se confronte à d’autres disciplines artistiques. Avec la Scène nationale, « où les artistes sont choyés », comme il aime le préciser, il a instruit « un compagnonnage distinctif, porté par un appétit de dialogue et de rencontre ».

Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Je suis depuis toujours animé par le désir de faire reconnaître cette danse, le hip-hop, qui est née dans la rue, qui a pu être stigmatisée et regardée comme un phénomène passager, éphémère. Pour que cette reconnaissance ait lieu, je m’attache à montrer qu’elle s’adresse à tous, qu’elle peut toucher les publics les plus divers. Je travaille à lui donner un contenu et invite au partage. Des danseurs, j’attends un grand esprit d’ouverture, une prise de risques continuelle pour que nous ne nous laissions pas enfermer dans des habitudes et des réflexes. Je les amène ailleurs, au croisement des disciplines, en imaginant des passerelles pour engager un rapport nouveau au mouvement et inscrire la danse dans un autre espace.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Dénoncer, non. Je ne suis pas engagé dans ce sens-là. Né en France de parents d’origine algérienne, j’ai bien souvent, comme beaucoup, été mis dans la case « jeune issu de l’immigration ». Mes créations prennent le contre-pied de ces préjugés et existent pour nous faire sortir de ces cadres dans lesquels la société nous enferme. Mes spectacles contribuent à ouvrir sur le monde et, dans un même geste, rassembler, inviter au dialogue, au métissage. Aller à l’encontre de ces idées reçues sur les jeunes et le hip-hop. Bousculer les préjugés, les conservatismes. Valoriser cette mixité-là, ne pas en rougir et l’assumer. Il y a en France beaucoup de force dans ce brassage des populations, de talents qui ne demandent qu’à s’exprimer. La rencontre avec l’Autre, dans cette bataille que chacun mène au fond pour se dépasser soi-même, est toujours chez moi source d’inspiration ; elle anime chaque jour ma démarche et fonde mes choix esthétiques.
Un désir à exprimer…
Dans un contexte où le discours sur l’art est bien souvent associé à celui de la crise et du gouffre financier, je tends plutôt à croire que la société pourrait s’assumer totalement à travers l’art et la culture. Lorsqu’il s’agit de rassembler une véritable communauté d’hommes, de renforcer le « vivre ensemble », la nécessité de l’engagement en faveur de la culture et du soutien aux artistes est primordiale. J’espère aujourd’hui que l’on continuera à accompagner les jeunes artistes, à prendre des risques avec eux pour rendre compte de cette diversité des talents. J’ai eu cette chance. Avec Les Gémeaux notamment. Françoise Letellier m’a fait confiance et son soutien ne s’est jamais démenti. Chaque année, depuis celle de notre rencontre en 2010, tous mes spectacles ont été présentés sur ce plateau. Cette fidélité simple et sincère est particulièrement encourageante et touchante. Et suffisamment rare pour être distinguée et saluée par nous qui, avec les créations de la compagnie, parcourons le monde, traversons de nombreux plateaux de théâtre. Présenter une pièce aux Gémeaux est toujours un honneur, un plaisir, une émotion ;
on s’y sent respecté et choisi, tant par ses équipes que par son public, exigeant et fidèle.

CARTES BLANCHES

2017