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Le chorégraphe, danseur et directeur de la compagnie La Baraka, Abou Lagraa, a été accueilli pendant six ans en résidence de production aux Gémeaux. Un privilège et un soutien inestimable, selon ses termes, au regard notamment de la visibilité que Les Gémeaux ont offerte sur Paris et l’Île-de-France à cette compagnie lyonnaise et algérienne.

Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Faire rêver le public. Mes danseurs portent cette exigence qui sous-tend mon écriture chorégraphique dans l’énergie qui lui est propre. Une danse du dépassement de soi. Héroïque, en quelque sorte. Ce qui est narratif ou abstrait doit être transmis au public dans l’émotion. Cette formulation, cette transmission émotive, s’appuie sur la qualité même du danseur, dans le respect et l’exaltation de sa personnalité, à mettre cette émotion en partage sur scène en jouant sur trois tableaux : la fluidité, la vitalité débordante, la virtuosité. De mes danseurs, j’attends l’exceptionnel : incarner ce qui n’existe pas. Et donc, ouvrir la possibilité de le faire exister en libérant l’acteur qui veille en tout spectateur.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Le mensonge tue le rêve. La vie même dans son mouvement. Le « mouvementiste » qu’en tant que chorégraphe je suis, qui par-dessus tout aime la danse au travers du mouvement, souhaite mettre en lumière un certain nombre de clichés qui nous figent. Je prendrai un exemple : El Djoudour (Les racines). Avec cette création, j’ai voulu mettre en évidence l’impossibilité pour les hommes et les femmes du Maghreb d’être dans un même espace, de communiquer. On est loin de l’imaginaire des Mille et Une Nuits vendu par les offices de tourisme. Contre cet affichage publicitaire, j’aime à penser qu’il y a l’art pour rendre l’invisible visible.
Un désir à exprimer…
J’en formulerai deux. Continuer le plus longtemps possible à travailler avec Françoise Letellier et toute l’équipe des Gémeaux. Expression de cette amitié et de cette fidélité artistique très rares de nos jours, une création que j’oserais qualifier d’« oecuménique », fondée sur le Cantique des cantiques, est programmée pour la saison 2014/2015. Mon autre désir le plus cher : que les politiques se rendent compte, qu’avec la culture, ils disposent de ces grandes clés qui ouvrent les grandes portes. Je suis convaincu que la culture est la solution des problèmes rencontrés par notre société aujourd’hui. Cette conviction est portée et mise en actes par Françoise Letellier sur le plateau des Gémeaux. Il faut relancer le rêve d’une société enrichie par la différence, ce socle de la création d’une identité culturelle vivante qui
est l’âme d’un pays. Je veux continuer à rêver.

DAKHLA

2017