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Metteur en scène

Jean-Louis Martinelli

Pièce présentée aux Gémeaux

Notamment directeur pendant douze ans du Centre national d’art dramatique le plus emblématique du territoire, le Théâtre Nanterre-Amandiers, le metteur en scène Jean-Louis Martinelli salue la ligne artistique défendue avec « une constance et une fidélité exemplaires » par Les Gémeaux. « Une maison indubitablement tournée vers le geste créateur et la production » qui a su conduire « avec un certain nombre d’artistes français ou étrangers de très heureux compagnonnages ».

Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Comment, avec le temps, c’est-à-dire une fois débarrassés de toutes les illusions adolescentes – et je parle pour moi qui pensais, par exemple, pouvoir changer le monde par ce biais –, ne pas devenir des « faiseurs de théâtre » ? Il faut être poussé par la nécessité, adopter une certaine disposition d’esprit. Comment vais-je naviguer à l’intérieur de cette oeuvre ? Comment vais-je me laisser vertigineusement modifier par elle ? Comment à partir d’elle, dans le souci du respect du texte et celui de ne pas induire un point de vue, libérer ce qu’elle dit du monde dans lequel je suis pris, pour, à travers elle, le représenter ? La première des exigences repose sur la nécessité – pour éviter tout dogmatisme et positivement faire
reculer les a priori – d’un travail de perte, d’abandon : le « je » doit se frotter au « jeu » et y laisser un peu de lui-même pour que soit mis au jour cet « inattendu indicible » qui fait événement pour nous. Pour chacun d’entre nous.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Pourquoi j’aborde cette oeuvre-ci et pas une autre ? Qu’est-ce qu’en toute humilité, je vais pouvoir, en la mettant en jeu, apporter « de plus » ? Qu’est-ce que je veux dire en dégageant les énergies propres à la parole de ce poète ? L’humain, avec toutes ses contradictions, voilà ce qui m’intéresse d’abord. Même si je suis en colère contre le monde tel qu’il va, au « travailler contre » je préfère le « tout contre ». Nous ne sommes pas là pour donner des leçons. Mais pour favoriser l’expression d’une parole plus libre, pour nous affranchir de cette « peur qui dévore l’âme » selon l’expression de Fassbinder et vivre plus fort. Ce qui vaut pour le théâtre ne vaut, évidemment, pas que pour le théâtre.
Un désir à exprimer…
Que ces lieux d’utopie que sont les théâtres puissent le demeurer ; la pensée productiviste à l’oeuvre dans nos sociétés contemporaines ne vide pas que le discours politique de son sens. Elle entraîne aussi dans la dérive du marketing la production artistique. Elle guide les esthétiques et surfe sur les effets de mode. Je ne suis pas en train de défendre un certain académisme. La question du sens, de la transcendance et du sacré doit se retrouver au coeur de nos actions.

ŒDIPE LE TYRAN

1999