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Agrégé de lettres classiques formé à l’École normale supérieure, membre fondateur du Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes, directeur du Théâtre des Treize Vents, Centre dramatique national de la région Languedoc-Roussillon, puis du Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées, Jacques Nichet est regardé comme l’une des personnalités artistiques contemporaines les plus marquantes. Porté par cet enthousiasme qui lui fait déclarer que « la vie n’est intéressante que si elle est surprenante », il exalte « l’élargissement incessant du répertoire des Gémeaux qui ont su, en allant de découverte en découverte, défendre différentes aventures artistiques généreusement et fidèlement ».

 Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Parfois, au milieu de nombreuses lectures, une pièce vient me troubler d’autant plus qu’elle semble me cacher un secret. Elle ne me lâche plus désormais jusqu’à ce que je puisse m’en délivrer en la portant sur scène. Je n’ai pas d’autre moyen d’approcher ce qui m’échappe et qui ne se laisse pas dissiper : un tel secret ne s’élucide pas, il s’approfondit dès qu’il est mis en lumière… J’évite avant tout d’éblouir le public, ce serait l’aveugler : je souhaite lui suggérer ce qui se joue dans l’ombre. Si je sais rester en retrait, les spectateurs ont plus de chance de sentir des instants de poésie affleurer et briller dans la nuit du théâtre, encore plus mystérieusement que dans le livre.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Nous ne grimpons pas sur scène pour donner des leçons au public. Nous préférons lui raconter une histoire d’une manière qui nous surprend nous-mêmes. L’oeuvre qui nous a choisis nous déstabilise par sa forme, nous remet en question ! On efface, on recommence, c’est la vieille méthode des essais et des erreurs. Parviendrons-nous vraiment à entrer dans le vif de l’objet ? Les répétitions nous punissent vite si nous trichons en voulant montrer notre savoir-faire. Il n’y a pas de solutions, seulement une exploration sincère vers l’inconnu ! Les plus grands auteurs dramatiques ont toujours dénoncé les mensonges et les hypocrisies de la vie : il nous suffit d’avoir le plaisir de suivre leurs récits, de faire entendre leur langue, le virus de ce que Ferdinando Camon nomme « cette maladie qui s’appelle l’homme » ! La vraie poésie ne punit pas, elle se contente d’être contagieuse !
Un désir à exprimer…
Il en est un : Que l’objet de mon désir du moment me soit assez obscur pour me prendre tout entier ! Toutefois, si je dois trancher entre mes rêves, je choisis l’espoir de découvrir de nouveaux poètes d’aujourd’hui. Mon plus grand plaisir, c’est le partage de l’inattendu ! Je formulerai un autre désir à l’adresse de Françoise Letellier et de cette Scène nationale des Gémeaux où je me suis senti fier et heureux d’avoir eu la chance d’être invité à six reprises au milieu d’autres artistes si talentueux ! Que cette maison des poètes, cette maison des artisans et des acteurs, cette maison des spectateurs reste toujours aussi jeune, comme on peut l’être à 20 ans !

LE SUICIDÉ

2006