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Directeur du Théâtre National de Bordeaux de janvier 2004 à décembre 2013, après avoir été pendant quatre ans à la tête du Théâtre Dijon-Bourgogne – Centre Dramatique National, Dominique Pitoiset, dont les talents se sont également déployés ailleurs et notamment sur les scènes européennes, revendique un théâtre situationniste « facteur de citoyenneté » démarqué de « la société du spectacle ». Le metteur en scène qui se reconnaît volontiers, non sans autodérision, dans la figure de « l’atrabilaire amoureux », se sent aux Gémeaux « en belle compagnie ». Il dit son attachement à la Scène nationale « en appréciant toujours d’entrer dans une programmation fondée sur ces valeurs exigeantes qui définissent une véritable communauté artistique » en correspondance avec « ses enjeux sincères et essentiels ».

 Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Il n’y a pas plusieurs exigences dont chacune se situerait en un lieu différent du travail. L’exigence est indivisible. Elle court à travers tout le tissu comme un fil de trame. Et elle n’est pas placée, au contraire, c’est elle qui place et trouve sa place. Elle est inséparable du point de vue. Comme en photographie, elle fait le lien entre le cadre, l’angle de prise de vue, la définition. Elle est affaire de résolution à tous les sens du terme, qu’il s’agisse d’une image qui se divise en pixels, d’une énigme que l’on approche à coups de sonde ou de la nuée des possibles qui se condense en décision unique.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Partir d’une volonté de châtier : non. Désirer mettre un beau crime en scène : oui. Créer ou punir, il faut choisir. On ne fait pas seulement de l’art pour régler des comptes. Bien que le théâtre se fonde sur des constats, l’esthétique et la poésie sont des alternatives humanistes à la violence du monde. La langue est un facteur de civilisation. S’il y a effet moral, il est donné par surcroît.
Un désir à exprimer…
Jamais un seul désir. Toujours plusieurs à la fois qui se bousculent. Je désire qu’ils continuent à se nourrir de leur diversité. Que la question du désir se pose et se repose dans le travail de l’art, dans le combat des moyens et des fins. Ce travail qui est tout sauf épisodique ou intermittent puisqu’il est un fait de vie, un état permanent.

LA RÉSISTIBLE ASCENSION …

2016