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Danseuse au Capitole de Toulouse, au Ballet Royal de Wallonie, soliste au Ballet de l’Opéra de Lyon, Maryse Delente crée la compagnie qui porte son nom au milieu des années 1980. Ses pièces « enivrées de danse pure », telles que saluées par la critique, lui valent une réputation internationale. Elle sera chargée pendant huit ans de la création artistique et de la programmation du Ballet du Nord / Centre chorégraphique national de Roubaix avant de fonder l’Usine, lieu de résidence chorégraphique installé à Roanne. « J’ai tourné sur pas mal de scènes », relève-t-elle, « mais aux Gémeaux, je me suis toujours sentie comme chez moi. Artistiquement soutenue et, n’ayons pas peur des mots, aimée. »

Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Je vais peut-être paraître très terre-à-terre mais la première de mes exigences, c’est la technique. Il faut une grande maîtrise technique pour être libre, faire s’envoler les rêves les plus fous, les émotions dans toute l’étendue de leur gamme… La rigueur gestuelle permet d’aller à l’essentiel, de briser toutes les retenues, de libérer l’énergie. Elle autorise aussi la prolixité, la générosité de l’écriture chorégraphique. La sincérité est aussi fondamentale. Ne pas chercher à être à la mode, ne pas chercher à plaire, résister aux pressions extérieures et faire ce que l’on ressent comme on le ressent, sans concession, le plus authentiquement possible, au plus près de ce que l’on souhaite, du désir qui est le nôtre ici et maintenant.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Cette question fait pour moi écho à Giselle ou le Mensonge romantique, un ballet que j’ai monté au début des années 1990. L’espace scénique balance, comme la vie avec la mort, entre ces deux faces du même : mensonge romanesque ou vérité romantique ? Mensonge romantique ou vérité romanesque ? Je n’ai pas de messages à faire passer. Je raconte des fables avec ce qui me tourmente, m’obsède, sur ce qui sur le moment fait émotion pour moi. Il m’est arrivé de faire des spectacles dérangeants mais ils n’ont jamais été portés par l’ambition de l’être. Il n’y a jamais eu de calcul. Seulement la danse pure. Et peut-être quand même cette envie de rendre, par la danse, à leur universalité, des choses très personnelles.
Un désir à exprimer…
Il faut permettre à toutes les formes de danse de s’exprimer. Par respect pour le spectateur dans sa diversité et pour la bonne santé de la danse, les étiquetages, les formatages auxquels nous assistons actuellement doivent être publiquement dénoncés. En ouvrant le champ d’expression, il faut aussi que l’on pense de nouveau à installer une parité homme / femme à la tête des Centres chorégraphiques nationaux, parité qui a disparu au fil de ces dix dernières années. Que la danse soit devenue un « si petit monde » m’attriste et je souhaite profondément qu’elle se réinvente avec plus de profondeur et en défendant un vrai propos, en donnant aux artistes les moyens de faire bien et beau. Un souhait que je sais partagé par Françoise Letellier et dont témoigne sa programmation danse depuis vingt ans.

JOURNAL D'HIVER

2012