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Directeur du CDN de Haute-Normandie

David Bobée

Pièces présentées aux Gémeaux

Directeur depuis juillet 2013 du Centre dramatique national de Haute-Normandie, David Bobee est engagé dans une recherche théâtrale axée sur la transversalité des formes. Son talent et son originalité reconnus le conduisent à collaborer avec de nombreux théâtres étrangers dont le Théâtre Gogol de Moscou où, avec les acteurs du Studio 7, il tisse des liens très privilégiés. Collaborateur artistique sur six créations du metteur en scène Éric Lacascade, dont le Triptyque Tchekhov présenté aux Gémeaux, il déclare : « Un attachement symbolique, grâce à Éric Lacascade, me lie à ce plateau, l’un des plus beaux d’Île-de-France. Il me plaît de savoir que ma démarche artistique fait l’objet d’une attention particulière de la part de cette scène. »

 Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Elle vient certainement des spectateurs. Je sais faire mon métier à partir des personnes que j’ai en face de moi : les comédiens, sur le plateau, avec en point de mire les spectateurs. Mon exigence première, en misant sur la capacité critique du spectateur, tient à ma volonté de me tenir aussi loin que possible de tout mensonge pour serrer au plus près l’intelligence à l’oeuvre dans le texte en mettant toute ma confiance dans le jeu des acteurs, qui ne cessent de m’apprendre quelque chose sur ce qui, vitalement, se joue et qu’il m’appartient de mettre en scène pour aiguiser, muscler le sens critique du public.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Je ne fais pas du théâtre dans un but punitif. Quand je choisis une oeuvre, je la regarde d’abord comme un possible support pour l’exercice de la pensée critique collective. Je veux ouvrir des possibles, proposer d’autres modèles. Et je me sers de tous les outils imaginables mis à ma disposition pour rendre manifestes des « endroits » de vérité. C’est, par exemple, avec Hamlet, par excellence le cas. Dès l’ouverture du spectacle, l’ordre du monde – naturel, sociétal, familial, intime – est bouleversé. Alors la question « qui suis-je ? » commence à résonner. Shakespeare y cristallise son époque : la fin d’un monde, la naissance d’un autre. Cela fait sens aujourd’hui : Comment agir sur un monde en crise et en proposer le renversement. « Être ou ne pas être » revient à se demander : Agir ou ne pas agir ? S’engager dans l’action au risque de mourir et de ne plus être ou bien laisser faire, laisser le monde en l’état, rater sa vie et finalement n’être pas ? Comment donner un sens au fait d’être là ? Le théâtre est mon outil, un levier pour modifier le contexte historique qui est le mien et faire avancer – si ce n’est triompher – cette idée de bien public qui m’anime.
Un désir à exprimer…
Le théâtre est le meilleur acteur qui soit pour faire apparaître, sans ambiguïté, ce que l’on subit, parce qu’il existe pour réveiller l’exercice de la pensée critique, du penser par soi-même. Partager du sens et en créer, voilà mon ambition la plus chère. Avoir la sensation d’entrer dans l’histoire de l’art en train de s’écrire, apparaître dans une programmation aux côtés de personnalités artistiques inspirantes telles que Thomas Ostermeier ou Declan Donnellan, vers lesquelles va toute mon admiration, me comble. Merci à Françoise Letellier de s’être engagée dans ce projet qui, je le sais, en appellera d’autres.

 

 

PEER GYNT

2018