Retour aux Artistes

Prix de l’Académie du jazz en 2005, Grand Prix du jazz de la Sacem deux ans plus tard, Django d’or de la création en 2008, artiste impliqué, inspirateur au début des années 1990 de l’expérience pionnière des concerts à domicile, la carrière du contrebassiste, compositeur et chef d’orchestre Patrice Caratini est multiforme. Partenaire des plus grands jazzmen (Chet Baker, Lee Konitz), compagnon de route de Marcel Azzola, Stéphane Grappelli, Martial Solal ou Juan José Mosalini, il décide en 1997 de recentrer ses activités « sur le travail d’écriture et d’orchestre » et se rapproche du Sceaux What, « seul club de jazz existant depuis le début des années 1980 rattaché à un théâtre, une originalité qui ne pouvait [lui] échapper », pour fonder, avec le soutien de la Scène nationale des Gémeaux, le Caratini Jazz Ensemble.

Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
J’envisage le concert comme une narration où toutes les parties musicales doivent faire sens, à l’instar des personnages d’un film dans lequel chaque rôle n’existe que pour l’accomplissement d’un destin. Alors je soigne le détail, je travaille sur les micro-interactions entre les musiciens. Je m’attache à faire exister cette chose impalpable qui fera que le public entre dans l’histoire. C’est un bricolage de haute voltige qui se construit en répétition avec des instrumentistes affûtés, ouverts à toutes les expériences et imprégnés d’une grande culture musicale. Avec la musique vivante, il est impossible de tricher. Tout s’entend. D’où mon souci de ne rien laisser passer qui vienne altérer le discours et nuire à la réception de l’oeuvre.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Tout est langage et toute musique est pensée et mon intérêt se porte d’abord sur la forme d’une oeuvre. Mais la musique ne dira jamais autre chose qu’elle-même et, dans un concert, le public prend ce qu’il veut. J’essaie donc de faire apparaître, de la meilleure façon qui soit, la construction de l’esprit qui sous-tend toute oeuvre sonore. Je suis dans le souci de la cohérence du travail que je vais présenter plutôt que dans une quelconque revendication esthétique. Le rôle d’un musicien est de donner du sens à ce qu’il donne à entendre. Le reste n’est que gesticulation.
Un désir à exprimer…
Nous assistons, en ce moment, à un resserrement des esthétiques sur l’ensemble des canaux de diffusion de la musique – phénomène à l’origine de la production de stéréotypes – et à un étranglement des façons de produire, notamment en ce qui concerne le temps de production. Mon aventure comme artiste associé aux Gémeaux pendant deux ans a été, de ce point de vue là, comme pour d’autres raisons, inestimable. Françoise Letellier m’a donné l’opportunité, en s’associant à la création du Caratini Jazz Ensemble, de travailler sur la durée. Ce principe a permis à mon ensemble, une fois « lancé », de constituer une véritable « bibliothèque » d’orchestre tout en continuant à vivre sa vie, ce qui m’a d’ailleurs souvent ramené sur le plateau des Gémeaux. Je souhaite que cette idée puisse s’étendre et que la musique vivante, acoustique, mise à mal par les nouveaux modes de consommation, soit davantage soutenue. Mais c’est à nous aussi, artistes, d’être forces de proposition pour que vive la musique sur scène.

CARATINI JAZZ ENSEMBLE

2017