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Directeur artistique / Compagnie 111

Aurélien Bory

Pièces présentées aux Gémeaux

Avec la Compagnie 111 qu’il fonde en 2000, Aurélien Bory développe un théâtre singulier à l’esthétique influencée par les sciences et à la croisée des différentes formes d’expression du spectacle vivant. Ses œuvres « hybrides » présentées dans le monde entier découvrent de nouveaux horizons scéniques. Ce poète du plateau dit « sa hâte » de présenter ses créations sur celui des Gémeaux, « cette scène qui est sans aucun doute, si le mot “théâtre” veut dire “l’endroit d’où l’on voit”, un endroit d’où l’on voit bien ».

Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Dans le renouvellement de la forme. Le renouvellement de la forme est pour moi constitutif de la création au théâtre. J’essaie de ne pas refaire toujours le même spectacle. Et le renouvellement n’est pas une question de moyens utilisés. Les moyens au théâtre restent plus ou moins les mêmes. C’est ce qui fait sa force : le théâtre reste dans le même artisanat. Tous les artistes du passé qui se sont confrontés à la question de la scène se sont trouvés exactement face aux mêmes problèmes qu’aujourd’hui. Le théâtre a ses constantes. Le renouvellement de la forme en est une. Je tente alors de faire avec les mêmes choses,
mais autrement. C’est cet « autrement » qui n’est pas donné au départ et que l’on espère découvrir en chemin. Cheminer vers l’autrement, voilà mon exigence.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Je pense avant tout à quelque chose d’impensable. Je choisis – bien que je n’aie pas l’impression de choisir, il faudrait dire « je tombe » –, je tombe sur une idée qui pour l’aborder m’oblige à recourir aux moyens du plateau. Cette idée doit avoir une résonance dans l’espace car je n’ai cessé d’aborder le théâtre comme une physique de la scène. Au théâtre on ne peut échapper aux lois de la mécanique générale. Alors j’essaie. Je tente de faire mentir le réel. Que la gravité soit autre. Qu’il y ait plus d’ombre dans la lumière. Plus de silence dans le son. Je cherche à rattraper le réel en l’améliorant. Je tente de le pousser plus loin, sur le seuil, là où l’imaginaire peut s’en emparer. J’imagine alors le théâtre comme la possibilité d’un trou dans l’espace-temps…
Un désir à exprimer…
Continuer. Au cours de chaque création, il faut puiser tellement loin que l’on se jure que ce sera la dernière fois et que plus jamais on ne se remettra dans une situation pareille. S’arrêter, faire autre chose, est une option que j’ai constamment à l’esprit, une échappatoire essentielle. Pour ne pas prendre comme une évidence le fait qu’il y aura un prochain spectacle. Pour ne pas tomber dans un automatisme. Pour ne pas considérer finalement la création comme un métier. Mais au contraire essayer d’être à l’écoute du seul moteur de la création, sans lequel plus rien n’aurait de sens. Je crée chaque spectacle comme si ce devait être le dernier. Pourquoi alors continuer ? Est-ce pour corriger les erreurs de mes précédentes créations ? Est-ce pour aller encore une fois vers l’inconnu ? Est-ce pour croire encore ? Pour garder la foi en l’inconnu, cet immense inconnu qui guide davantage notre relation au monde que tout le territoire de la connaissance ? Ou est-ce simplement pour suivre la devise de Vsevolod Meyerhold, « qui n’a pas tout donné à l’art ne lui a rien donné » ?

AZIMUT

2013