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Directeur du CDN d’Orléans

Arthur Nauzyciel

Pièces présentées aux Gémeaux

Depuis sept ans à la tête du Centre dramatique national d’Orléans, formé à l’école du Théâtre National de Chaillot par Antoine Vitez, Arthur Nauzyciel est ce metteur en scène dont la réputation a traversé l’Atlantique avec la création de Julius Caesar de Shakespeare à l’American Repertory Theater à Boston en 2008. Metteur en scène de La Mouette de Tchekhov pour la Cour d’Honneur du Palais des Papes lors du Festival d’Avignon 2012, il est aussi celui qui marque en 2004 avec Place des Héros l’entrée de Thomas Bernhard au répertoire de la Comédie-Française. Au Théâtre des Gémeaux, il reconnaît une qualité à ses yeux essentielle : donner du « sens » aux démarches artistiques singulières, en favorisant « l’inscription d’un parcours dans la durée, avec une équipe et un public », la génération d’« une mémoire qui s’écrit de spectacle en spectacle, cette unique chose qui restera de notre travail puisque, par essence, le théâtre est éphémère ».

 Où placez-vous l’exigence dans votre travail ?
Afin de pouvoir m’adresser à ce qu’il y a de plus exigeant chez l’autre, que cet autre soit l’acteur, le spectateur, le producteur ou mon partenaire artistique, je suis le plus exigeant possible avec moi-même. J’ai très peur de me répéter ou de lasser. Même si de création en création, on retrouve des obsessions qui sont au coeur de mon travail, je cherche à réinventer mon théâtre à chaque fois, à l’irriguer grâce aux rencontres, aux expériences de la vie. Il faut se renouveler, remettre en question ses acquis, inventer de nouvelles façons de faire et consolider le lien qui se crée avec le spectateur de spectacle en spectacle, l’emmener toujours plus loin en s’adressant à ce qu’il y a de plus profond et de plus exigeant en lui.
Quand vous choisissez une oeuvre, pensez-vous à « punir les menteurs de la vie » ?
Alors que tout semble rongé par un artificiel réalisme télévisuel – ce qui est pour moi « le mensonge de la vie » –, l’art est là pour nous rappeler que plus le monde est mystérieux plus il est habitable. Notre époque vit dans le culte du divertissement. Je pense que la responsabilité des artistes et du théâtre public, même fragilisé par la crise, est de proposer autre chose : un théâtre d’art comme on le disait au début du xxe siècle, un théâtre qui invente ses formes, prend des risques, se dégage de l’opinion dominante. Quelque chose qui, certes, demande un effort, mais qui, finalement, rend le spectateur plus heureux parce qu’il se sent considéré non comme un consommateur ou un imbécile mais avec respect et
attention, comme un être pensant, sensible et curieux. Je crois que les spectateurs, sans le savoir parfois, sont davantage en quête de métaphysique que de psychologie. J’essaie par les moyens du théâtre de les aider à en prendre conscience.
Un désir à exprimer…
L’art est un effort communautaire, une communauté vivant dans un monde spiritualisé et qui se propose d’interpréter et de repenser le monde. Il nous aide à vivre. J’aime beaucoup cette citation de Warhol : « Peu de gens ont véritablement vu mes films ou mes peintures. Mais peut-être ces rares personnes sont-elles plus conscientes de leur existence car elles ont été poussées à réfléchir sur elles-mêmes. Il faut apprendre à vivre car la vie est éphémère et elle se termine souvent trop vite. » À Françoise Letellier et à toute son équipe, je souhaite un bel anniversaire. Je crois absolument nécessaires ces lieux qui sont capables de rassembler une communauté humaine autour de l’art théâtral. Les artistes et les spectacles d’un théâtre sont comme les pièces d’un puzzle qui, sur la durée, aide chacun, et notamment les spectateurs, à se construire. C’est très émouvant et cela donne du sens à ce qu’on fait.

JAN KARSKI (MON NOM EST U…

2012